Dans une société comme la nôtre, les aînés on en parle souvent. On en parle, on en parle et on en parle encore. On en parle surtout en statistique. On en parle en concept ambulatoire. On en parle comme d’un problème à régler. On fini par conclure que les vieux, c’est un paquet de trouble et que si ça va présentement mal, ce n’est rien à côté de combien pire ça va être demain. Avec les vieux le temps n’arrange pas les choses, il les aggrave, il les empire. Bref, des vieux, on en parle, mais est-ce qu’on écoute? Est-ce qu’on les écoute? On en a beaucoup à dire, certes, mais Je vous souhaite de passer une agréable soirée vient nous rappeler qu’on en a aussi beaucoup à écouter.
Elles arrivent : la douce et touchante Maria Teresa à l’accent d’Italie, la wonderesse woman, Yvette et son secret de jeunesse, la comique-malgré-elle Nicole, la tragique Dolly à l’accord discordant et la concupiscente Cocaline. Chacune avec son lot d’humanité.
Elles sont là : cinq femmes dans le seul corps, le seul cœur de France Arbour, jeune septuagénaire joyeuse qui a envie de raconter des histoires; leurs histoires.
La soirée prend la forme d’un récital. France Arbour, dirigée par Stéphane Jacques, est seule en scène dans les robes de Claudette Bilodeau. Les histoires — écrites par France Arbour, Yvan Bienvenue, Jean Marc Dalpé et Gilles Latulipe — se suivent, emmitouflées dans la musique d’Anthony Rosankovic.
Pour le reste, c’est la simplicité : une chaise, une table, une patère, quelques accessoires… et hop! France Arbour dans toute sa générosité.
France Arbour parle une douzaine de langues. Entre 1957 et de début des années 2000, elle a enseigné l’élocution française, la diction, la voix, le jeu et l’interprétation dans 13 institutions allant du primaire à l’université en passant par les écoles de théâtre (principalement au Conservatoire Lasalle depuis 1959, au cégep Lionel Groulx pendant 20 ans et à l’Université de Montréal dès 1982.). Elle a tenu une cinquantaine de rôles au théâtre. Une vingtaine au cinéma autant en Europe qu’au Canada. Une trentaine de rôles à la télé allant du sitcom au téléroman. Plusieurs rôles à la radio. Elle a prêté sa voix à plusieurs documents, dont 4000 entrées au dictionnaire visuel sur Cd-rom. Elle a signé 19 mises en scène. Elle a aussi donné plusieurs ateliers, fait du journalisme radio et même joué dans des émissions pour enfants en russe. Elle était de la première édition anglaise des Contes urbains (Urban Tales) au Centaur en décembre dernier.